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Montpellier : Le Sud électro LGBTQ à la forme (et plus que jamais) !


13 novembre 2019

Ce n’est pas un secret, depuis l’arrivée de la déferlante électro en France, la région Montpelliéraine, comme le nord de la France, a toujours été réputée pour la qualité de son son. Après Paris, c’est de ce côté de l’hexagone qu’on a vu émerger les premières raves au début des années 90. Aujourd’hui, les nouveaux maîtres de l’électro comptent bien faire perdurer le coin comme l’endroit où il faut être pour faire, ressentir et danser l’électro….

Avec sa bonhommie de vrai nounours, le DJ Arnolito a commencé a mixé à l’âge de 13 ans. Après s’être arrêté pendant près d’une dizaine d’année, le voilà revenu à ses premières amours depuis 2008 et surtout… depuis son arrivée dans le Sud ! Depuis 5 ans, il s’occupe de la soirée électro-gay-friendly « Le Dancin », qui fait danser les nîmois une fois par mois, d’une soirée ponctuelle baptisée « Contact » qui agite le Petit Dieze de Montpellier et officie en tant que DJ résident au Malabar de Nice. Pour lui, le milieu électro LGBT a beaucoup évolué ces dernières années. Depuis deux ans, le Clubbing ne se lie plus à un lieu. Et c’est une petite révolution !

Une grande soirée chaque week-end

A Montpellier, nombreux sont ceux à se remémorer - non sans une certaine nostalgie - la mythique « Villa Rouge » désormais fermée. Une page s’est pourtant tournée puisqu’aujourd’hui, toutes les soirées fonctionnent avec des organisateurs et non sur la base d’une résidence permanente. Il est également intéressant de noter que tous ces organisateurs travaillent en bonne intelligence, allant même jusqu’à créer sur Messenger un groupe qui leur est dédié et ce, afin de ne pas se pas se court-circuiter en proposant simultanément deux soirées aux identités proches, mais aussi dans le but de s’inviter les uns chez les autres. Une stratégie de franche camaraderie qui aujourd’hui permet une offre foisonnante et variée : « La Croque-Monsieur » à l’Antirouille, « Folle de Rage » au Grand Dieze, « La Contact » au Petit Dieze…

Pour résumer, la région Nîmes-Montpellier propose a minima une grande soirée chaque week-end. Preuve que le besoin et l’envie ne sont pas morts. Bien sûr, l’été compte également avec son lot de parisiens et de lyonnais prêts à transpirer entre deux œillades sur les torses environnants et qui, TGV oblige, ne sont finalement pas si loin. Pour Arnolito : « Il y a des soirées très poussées en termes de programmation. (…) On a cette particularité, à Nîmes, on est très central, plus encore que Montpellier puisque le TGV s’arrête ici. Avignon, Alès ou Arles sont juste à quelques kilomètres. Avec la soirée « Dancin », on s’est fait un nom avec un son pointu mais pas trop ; mon but est que tout cela reste assez festif ! Nos soirées ont toujours été gay-friendly… A Montpellier, c’est un peu le cas aussi pour toutes les soirées électro et cela fonctionne très bien. »


Rémy, lui, est le nouveau gérant du Rexx de Montpellier. Et sur ses 400m2 de cruising, ce dernier n’envisage pas de travailler avec d’autres que des membres de l’électro-family. Si, comme Arnolito, il constate qu’il n’y a plus aujourd’hui de « vrai lieu », force est de constater que l’envie est là, chevillée au corps de sa nouvelle clientèle puisqu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, près de 230 personnes se sont déjà inscrites pour participer à l’inauguration du Rexx. Les prémices d’un succès qui ravirait Rémy dont les dernières sorties en clubbing électro « classique » n’ont pas toujours été synonyme d’ambiance particulièrement bienveillante : « Lorsque tu embrasses ton copain, tout le monde te regarde… ça ne me convient pas ! » Avec l’arrivée imminente d’un cruising gay, électro, festif et permanent, gageons qu’il devrait souffler un vent frais et sexy sur la ville.

Fraîchement débarqués de Toulouse il y a près de trois ans, Teiki et Sébastien sont à la tête de la non moins cotée soirée « Croque-Monsieur ». En région toulousaine, les deux garçons s’étaient faits connaître avec divers évènements et autres pool-parties où ils avaient reçu, parmi tant d’autres, le grand Jeff Mills. VJ spécialiste du vidéo-mapping, Teiki est arrivé à Montpellier avec la volonté de ne surtout pas « guettoïser » quelque communauté que ce soit. Seul compte la volonté de faire la fête ensemble sans aucune considération d’orientation sexuelle. Au sein de la « Croque-monsieur » - dont chacun aura compris la double lecture -, les organisateurs se plaisent à inviter de véritables danseurs professionnels, des performers et des DJs de renom. Le public n’est pas en reste, puisqu’il devient lui-même acteur de l’évènement en respectant (sans obligation toutefois) un dress-code et une thématique. Pour Teiki et Sébastien, un seul mot d’ordre : ne pas se prendre au sérieux !

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Brunch Electro

Un autre évènement à ne pas rater si vous êtes de passage dans la région, le « brunch » mensuel Electropisme développé par Fred BSide et son associé Ludovic à la Halle Tropisme, un lieu multiculturel qui accueille aussi bien des soirées que des expositions ou des concerts. L’idée a germé dans le cerveau de ces deux garçons, bien connus sous le nom collectif de « Clockroom » à qui l’on doit de nombreuses soirées au Rex Club de Paris et à Lille, de proposer un évènement techno en plein après-midi afin de satisfaire les trentenaires qui n’ont parfois plus la possibilité d’enquiller les nuits de folie pour cause d’obligations parentales ou professionnelles. Une occasion parfaite pour bruncher sans culpabiliser sur un son volontairement techno et varié, et où la programmation se fait au coup de cœur.

De son côté, la DJ Manue G est tombée amoureuse de Montpellier. Artiste pluridisciplinaire (elle pratique le graphisme (elle réalise les créa des pages DJ pour Strobo mag), mixe de la techno underground aux quatre coins de la planète, a bossé cinq ans pour la maison Yves Saint Laurent et gère son propre projet musical) : « J’ai adoré ce qu’il se passe ici, il y a un dynamisme que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Entre la Croque-Monsieur, Les Garçons sauvages, Folles de rage, Dancin ou encore Electropisme, il y en a vraiment pour tous les goûts. Je ne voudrais pas paraître trop bisounours, mais j’y ai constaté un sens de la fête bien plus bienveillant que ce que j’ai pu voir à Paris ou ailleurs. Il y a une réelle entente entre eux, un sens de la communauté et l’envie de faire bouger les gens en leur proposant une offre particulièrement variée. »


De Nîmes à Montpellier, les autochtones comme les visiteurs d’un jour ont donc aujourd’hui l’occasion de faire la fête à toute heure sous la houlette d’organisateurs bienveillants, créatifs et fédérés. Nous, on se dit qu’on va sauter dans le prochain TGV !

Par Thierry Desaules. Article paru dans Strobo Mag n°3 (novembre 2019)